Une avant-garde pour préserver et renforcer la souveraineté européenne

in "Pour une Europe européenne - une Avant-garde pour sortir de l impasse", dir. Henri de Grossouvre, 2007, pp 22-34

Language of the original publication: French

« L’avant-garde européenne n’a de sens et de légitimité que si elle est inspirée par une vision stratégique, visant au renforcement de tous les aspects de la souveraineté européenne. Seul un tel projet pourra contribuer à la préservation d’une ‘certaine idée de l’Europe’ : un acteur géopolitique à part entière capable de garantir notre sécurité, de promouvoir nos valeurs et nos intérêts et de défendre notre modèle économique, social, environnemental et culturel. Pour ce faire, il faut clairement se démarquer des scénarios alternatifs et veiller à ne pas céder aux facilités et aux fausses sirènes.

Comme le général de Gaulle l’avait remarqué déjà en 1964 : ‘Mais quelle Europe ? C'est là le débat. En effet, les commodités établies, les renoncements consentis, les arrière-pensées tenaces ne s'effacent pas aisément. Suivant nous, Français, il s'agit que l'Europe se fasse pour être européenne. Une Europe européenne signifie qu'elle existe par elle-même et pour elle-même, autrement dit qu'au milieu du monde elle ait sa propre politique. Or, justement, c'est cela que rejettent, consciemment ou inconsciemment, certains qui prétendent cependant vouloir qu'elle se réalise. Au fond, le fait que l'Europe, n'ayant pas de politique, resterait soumise à celle qui lui viendrait de l'autre bord de l'Atlantique leur paraît, aujourd'hui encore, normal et satisfaisant.’

L’exigence intransigeante en matière de souveraineté européenne – en particulier, par la force des choses, vis-à-vis des Etats-Unis, mais également au regard d’autres grands pôles du monde d’aujourd’hui – doit être le fil conducteur du projet d’avant-garde. Même si, à court et peut-être aussi à moyen terme, la préservation et le renforcement de ses bases concrètes passe par des sacrifices inévitables. En effet, le déséquilibre entre les volets économique et politique de la construction européenne mène inexorablement à une nivellation par le bas des ambitions. Etant donné qu’il n’y a pas de priorités et de préférences stratégiques communautaires qui puissent faire contrepoids à la pure logique du marché intérieur, ceux qui se donneraient des objectifs plus exigeants (en matière sociale, culturelle, environnementale, de recherches ou de défense) se verraient pénalisés dans la course à la croissance par rapport au reste des Etats-membres.

Pour remédier à cette situation, la création d’une avant-garde pour constituer une masse critique ne peut apporter de réelles réponses que si ce groupe ‘pionnier’ est capable d’assumer pleinement ses priorités politico-stratégiques. Ses membres doivent donc être unanimement engagés

(Hajnalka Vincze, Une avant-garde pour préserver et renforcer la souveraineté européenne, in "Pour une Europe européenne - une Avant-garde pour sortir de l impasse", dir. Henri de Grossouvre, 2007, pp 22-34, 30,199 characters)