Champs de bataille otaniens après le sommet de Riga

La Lettre Sentinel n°43-44, janvier-février 2007

Language of the original publication: French

Le sommet de Riga de l’OTAN, fin novembre dernier, fut l’exemple type du non-événement spectaculaire. Frappant surtout par le contraste entre les attentes aiguisées par la publicité faite à la rencontre des 26 chefs d’Etats et de gouvernement d’une part, et le bilan piteux de la réunion de l’autre. Les effets d’annonce prévus pour l’occasion avaient peu à peu laissé la place à la réalité envahissante que constitue la déplorable situation des alliés en Afghanistan. Celle-ci n’étant, par ailleurs, que l’un des (très) nombreux symptômes du malaise grandissant au sein de l’Alliance.

Acrobaties transformationnistes

Le label officiellement attaché au sommet de Riga est le mot-miracle « transformation ». Il s’agit d’un concept très à la mode dans les milieux transatlantiques, flou dès le départ, censé désigner un processus de mutation à la fois militaire et politique. Utile surtout pour maquiller le fait que l’Organisation, engagée dans un exercice d’auto-justification depuis le début des années 1990, s’est définitivement enfermée dans une logique de réforme permanente. Or, sur les trois volets (capacitaire, géographique, fonctionnel) de cette transformation, l’impasse devient aujourd’hui de plus en plus visible. La raison en est simple. A force de vouloir faire ses preuves à tout prix, mais sans toutefois clarifier au préalable les divergences fondamentales en son sein, l’Alliance s’affaiblit elle-même.

Car sa véritable transformation est ailleurs. Comme l’observe le britannique Jolyon Howorth, l’un des meilleurs connaisseurs des questions de la défense européenne : « à partir d’une organisation dont le but original était de fournir un engagement américain au service de la sécurité européenne, [l’OTAN] est en train de se transformer en une autre, dont le nouveau but est de fournir un engagement européen au service de la stratégie globale des Etats-Unis ». D’après Victoria Nuland, ambassadeur des Etats-Unis à l’OTAN (et l’épouse de l’auteur de la fameuse thèse sur l’Amérique-Mars, l’Europe-Vénus), cette nouvelle OTAN sera « un animal complètement différent ». Mais tout le monde ne l’entend pas de cette oreille. Et c’est précisément ce désaccord profond qui réapparaît, avec un effet paralysant, dans chaque aspect de la « transformation ».

Forces et équipements

Champs de bataille otaniens après le sommet de Riga, La Lettre Sentinel n°43-44, janvier-février 2007, 27,000 characters)