Convergences et collisions euro-américaines (critique de livre)

La Lettre Sentinel n°46, juin 2007

Language of the original publication: French

A supposer que l’Europe se familiarise avec le concept d’autonomie (y compris tous les impératifs qui en découlent), et ne cède plus lorsque ses intérêts stratégiques sont en jeu, les ardeurs de « convergence » (envisagée comme alignement) de l’autre côté de l’océan pourraient s’en trouver sérieusement refroidies. Et inversement. Si la tendance actuelle se poursuit, avec l’érosion continue de la souveraineté de l’Europe, les opinions publiques du vieux continent pourraient, un jour, simplement en avoir assez. Autrement dit, pour que l’un ou l’autre scénario de rapprochement puisse aller au bout de sa logique, il faut soit une Amérique radicalement transformée, soit des peuples européens anesthésiés. En tout état de cause, l’hypothèse d’une remise en cause du narratif prédéfini du « rapprochement inexorable » n’est pas complètement à exclure. Moins sous forme de rupture que sous celle de l’établissement de limites.

(Extrait)
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Un coup de projecteur dans les coulisses de l’activisme (public-privé) américain à l’Union européenne, voilà ce que nous propose Florence Autret dans son dernier ouvrage. Et elle tient sa promesse. L’éclairage qu’elle apporte est impitoyable : non pas tant pour ceux qui agissent pour promouvoir, certes parfois un tantinet trop brutalement, les intérêts particuliers ou collectifs qu’ils représentent, mais pour ceux qui se contentent de subir – au risque de compromettre, pour ne pas dire trahir, les intérêts qu’ils seraient censés, eux, défendre et représenter.

Scénarios avec points d’interrogation

Pour l’auteur, les deux continents sont engagés dans un processus de « rapprochement inexorable ». Rapprochement qui, rappelle-t-elle à juste titre, « n’est pas synonyme d’harmonie ». Il entraîne, au contraire, la multiplication des occasions de conflit : de nombreux heurts qui mettent à jour des différences de fond entre les deux rives de l’Atlantique. Toujours est-il qu’un puissant mouvement de convergence est à l’oeuvre, la seule question étant de savoir si elle se fera au moyen d’une américanisation de l’Europe ou d’une européanisation de l’Amérique. Des deux scénarios, l’auteur nous démontre avec d’amples exemples la prééminence du premier aujourd’hui, et ne cache pas le fait qu’elle trouverait préférable de l’éviter. A cet effet, la solution s’impose avec la force d’une évidence. Pour reprendre les mots d’Autret : « l’Europe doit attaquer de front la question centrale de… ses intérêts ». Dans une optique cette fois-ci stratégique, avec l’accent mis sur la sauvegarde de son autonomie.

L’analyse est on ne peut plus juste, mais il convient d’ajouter un élément d’incertitude à son point de départ. A supposer que l’Europe se familiarise avec le concept d’autonomie (y compris tous les impératifs qui en découlent), et ne cède plus lorsque ses intérêts stratégiques sont en jeu, les ardeurs de « convergence » (envisagée comme alignement) de l’autre côté de l’océan pourraient s’en trouver sérieusement refroidies. Et inversement. Si la tendance actuelle se poursuit, avec l’érosion continue de la souveraineté de l’Europe, les opinions publiques du vieux continent pourraient, un jour, simplement en avoir assez. Autrement dit, pour que l’un ou l&rsqu

(Hajnalka Vincze, Convergences et collisions euro-américaines (critique de livre), La Lettre Sentinel n°46, juin 2007, 18,000 characters)