Ces derniers mois ont vu le retour en force du bon vieux débat « protectionnisme » versus libéralisme. Autrement dit, sur les rôles respectifs du politique et de l’économique, ou encore la face à face entre logique de puissance et logique du marché. Avec la question implicite sur la nécessité d’une « préférence européenne », et la mise à nu immédiate des contradictions inhérentes du credo libéral-atlantiste.
Le bal a été ouvert au sommet de l’UE en juin par le nouveau président français qui, suite à une campagne électorale où il s’était fait champion de l’idée de la « protection » que l’Europe serait censée garantir à ses peuples, a fait retirer du futur traité la référence à la « concurrence libre et non faussée ». La polémique autour de son geste aurait pourtant dû être tempérée par le fait que dans le pays chantre de l’orthodoxie libérale le Congrès (démocrate) non seulement venait de refuser au Président Bush l’autorisation fast track qui facilite la conclusion des accords de libre-échange, mais lui a également fait signé, fin juillet, une loi stipulant un contrôle (encore plus) strict et (encore plus) étendu des investissements étrangers. Déboussolés, les milieux bien-pensants en Europe le sont d’autant plus qu’avec le secteur de l’énergie ou la montée en puissance des fonds souverains ce n’est plus que de l’Amérique que leurs belles théories font désormais le jeu, mais éventuellement de la Chine, des Etats du Golfe et de la Russie.
Dogmes économiques, réalités politiques
Avant
de regarder de plus près les mesures de protection mises en oeuvre (ou pas)
dans les secteurs stratégiques des deux côtés de l’Atlantique, il convient de
tordre le cou à quelques postulats trompeurs. Lesquels nous imposeraient
d’entrée de jeu une vision déformée et déterministe des rapports entre le
politique et l’économique. En un mot, « l’idéologie du jour ». Celle
qui, d’après le philosophe Marcel Gauchet, rédacteur en
chef de la revue Le Débat,
« interdit de penser la politique, la nation, la puissance, le
gouvernement ». Ceci en s’appuyant sur l’énoncé d’une fatalité mythique, l’emploi d’une terminologie biaisée et
l’exercice d’une amnésie historique. &
(Hajnalka Vincze, Europe européenne ou Europe atlantique : une question de «préférence»…, La Lettre Sentinel n°47, octobre 2007, 27,000 characters)