L avant-garde européenne : diagnostic, remède, raison d être

Intervention aux Assises des Associations d Europe, Strasbourg/Parlement européen, 28 septembre 2007

Language of the original publication: French

La réflexion qui suit se propose de dresser une sorte d’état des lieux, bref mais impitoyable, de la construction européenne aujourd’hui. A partir d’un diagnostic (celui de l’impasse), elle se poursuit en identifiant le remède (projet d’avant-garde), pour se clore par l’évocation de la raison d’être de toute initiative européenne digne de ce nom (sauvegarde de notre liberté de choix).

Le diagnostic

La construction européenne se trouve aujourd’hui dans une impasse. Ajoutons tout de suite que ce n’est évidemment pas l’absence d’un énième traité qui l’y avait pongée, et ce n’est certainement pas une signature solennelle à Lisbonne, en décembre, qui va l’en faire sortir. Autre précision : s’il est vrai que l’Europe, jusqu’ici, s’est largement construite dans des crises, à travers des crises et grâce à des crises, il est tout aussi vrai que cette crise-là n’est pas une crise comme les autres. Pour dramatiser un peu, à peine, les enjeux : le risque que l’Europe court aujourd’hui est celui de son propre anéantissement. La disparition pur et simple de la possibilité même d’exister et de peser sur l’échiquier géopolitique. Les raisons de cette situation alarmante sont d’ordre tantôt externe, tantôt interne. Elles s’additionnent pour produire leur effet cumulé : une crise européenne profonde et englobante, qui nous met face à nos contradictions fondamentales.

Pour ce qui est des raisons externes susceptibles d’augmenter la gravité de la crise actuelle, il convient avant tout de rappeler l’exacerbation de la compétition sur la scène internationale. L’euphorie accompagnant la fin de la guerre froide masque à peine les rivalités économiques, technologiques, sociales et culturelles-identitaires qui s’intensifient sous nos yeux. Or la course à la sécurité, la prospérité et la stabilité s’inscrit dans une logique de puissance. Un paradigme inébranlable, mais à contre-courant de l’idéologie du jour. Laquelle, comme le dit le philosophe Marcel Gauchet, « interdit de penser la politique, la nation, la puissance, le gouvernement ». Deux facteurs supplémentaires sont appelés, néanmoins, à donner le coup de grâce à ce dogmatisme ambiant duquel l’Europe tarde toujours à s’affranchir.   

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