L Europe face à un monde multipolaire en déséquilibre

Intervention au Séminaire international organisé sous l égide du Comité pour l Etat Fédéral Européen, Strasbourg, 7 mars 2009

Language of the original publication: French

Jean Monnet disait avoir confiance en « la force des idées simples ». Or, les relations transatlantiques se sont avérées être, à cet égard, l’exception qui confirme la règle. Si le mélange de lieux communs, de grands élans rhétoriques, de petits calculs mesquins et d’aveuglement émotico-idéologique qui constitue, du côté européen, le fondement de nos rapports avec l’Amérique, continue de résister au temps en dépit de la logique la plus élémentaire, c’est parce que nos élites n’ont eu de cesse de propager des conceptions profondément naïves (ou coupablement trompeuses) sur les questions de puissance et d’autonomie.

1. Etat des lieux – hier comme aujourd’hui

1.1. Les propos prémonitoires du Rapport Tindemans
1.2. Le facteur américain au cœur du problème

2. Mythes, illusions et naïvetés

2.1. Questions de puissance

Le mythe de la « postmodernité »
Le mythe de « L’Europe, puissance civile »

2.2. Questions d’indépendance

Le mythe du soutien américain au renforcement de l’Europe
Le mythe de la complémentarité Europe-Amérique
Le mythe d’une influence possible sur Washington

2.3. Questions d’Europe : le mythe de l’ « européanisation » comme solution miracle

La place de l’Europe est loin d’être assurée sur l’échiquier géopolitique, actuellement en pleine reconfiguration. Pourtant, cela fait déjà un bon moment que les évolutions en cours sont amorcées et que les grandes lignes de ces mutations se dessinent de manière plutôt limpide. Ce que l’on désignait, au lendemain de la disparition de l’Union soviétique, comme « le moment unipolaire » touche inexorablement à sa fin, n’en déplaisent à ceux qui voulaient, et pour certains voudraient encore, y placer tous leurs espoirs. Les Etats-Unis, toujours soucieux de maintenir leur leadership dans les affaires de la planète, ont été longtemps agacés d’entendre parler de « monde multipolaire ». Ils y voyaient l’expression codée d’un complot anti-américain. Auquel agacement les responsables européens, en particulier français, n’avait de cesse de rétorquer qu’il s’agissait non point d’un projet, mais d’un constat tout simple.

Etat des lieux – hier comme aujourd’hui 

Or ce constat n’est pas aussi nécessairement réjouissant que l’on pourrait croire de prime abord. Car si un ordre mondial articulé autour d’un seul pôle prédominant comporte incontestablement la tentation forte de l’abus de pouvoir, la multipolarité n’est pas pour autant, elle non plus, la panacée : elle n’est ni une garantie ni une valeur en soi. A vrai dire, rien ne nous assure qu’un système multipolaire soit forcément basé sur des rapports équilibrés et coopératifs. De surcroît, et ceci concerne directement les citoyens de notre vieux continent, rien ne nous dit non plus que l’Europe figurera parmi les futurs pôles de puissance. Bien au contraire. Si les tendances actuelles se poursuivent et se confirment, elle risque de devenir, comme Hubert Védrine l’avait judicieusement observé, « l’idiot du village global ».[1] D’après l’ancien ministre français des Affaires étrangères, l’Europe se condamnerait en s’attachant à sa conception très ingénue (et très solitaire) selon laquelle nous serions déjà dans une grande famille, celle de « la communauté internationale ». Ajoutons-y tout de suite une autre tare. A savoir l’aisance stupéfiante avec laquelle l’écrasante majorité des gouvernements européens se sont habitués à vivre dans la dépendance d’une puissance tierce. De ce point de vue, l’identité de celle-ci est tout à fai

(Hajnalka Vincze, L Europe face à un monde multipolaire en déséquilibre, Intervention au Séminaire international organisé sous l égide du Comité pour l Etat Fédéral Européen, Strasbourg, 7 mars 2009, 32,000 characters)