Quelques nouvelles de l’actualité
européenne et transatlantique, brièvement présentées et commentées.
Lancement, le 6 décembre, de FRANCE
24 la première chaîne de télévision française d’information internationale.
La « CNN française » émet en continu sur deux canaux en français et
en anglais (puis en arabe dès 2007 et enfin en espagnol) et propose un site Internet
trilingue (www.france24.com). D’après
la présentation officielle, la chaîne offre « un décryptage approfondi de
l’actualité pour en faire découvrir la partie immergée et montrer ce que le
public n’est pas censé voir, savoir ou comprendre ». A titre d’exemple,
les collaborateurs de la chaîne auraient expliqué aux 12 bloggeurs de
nationalités diverses, invités le 2 décembre à la rédaction pour une
présentation exclusive, que « La révolution orange en Ukraine a été financée
avec de l’argent américain. Cela, vous ne l’entendez pas sur CNN ».
Le gouvernement britannique a
présenté, le 4 décembre, son Livre blanc sur le renouvellement de l’arsenal
nucléaire du Royaume-Uni. Dans sa déclaration aux députés, Tony Blair a
souligné, à neuf reprises, le caractère soi-disant « indépendant » de
la force de dissuasion britannique. Au sujet de laquelle l’un des points de
controverse majeurs porte justement sur sa dépendance traditionnelle par
rapport aux technologies américains. Le gouvernement opte pour la reconduction
du système basé sur les missiles américains Trident (une modernisation qui
inclut la construction de nouveaux sous-marins, et dont le coût total est
estimé à 20 milliards de livres, soit 29,7 milliards d’euros), accompagnée
d’une réduction de 20% du nombre d’ogives nucléaires d’ici 2020. Le projet
devra être soumis au vote de la Chambre en mars 2007.
Premier vol
d’essai du chasseur F-35 Lighnting II (Joint Strike Fighter), le 15
décembre, marquant le départ de 12 000 heures de test en vol. Ce programme
d’avion réunit sous la direction des Etats-Unis huit participants
internationaux, dont six pays européens : la Grande-Bretagne (deux
milliards de dollars), l’Italie (un milliard), les Pays-Bas (800 millions), la
Turquie (175 millions), le Danemark (125 millions) et la Norvège (125 millions).
Les graves incertitudes du programme, les modalités de la
« coopération », et les enjeux politiques et industrielles en font un
projet emblématique. Mauvais augure ou pas, lors de ce premier vol, les
drapeaux des partenaires ont été représentées en sens inverse sur l’appareil.
Le constructeur, Lockheed Martin, espère vendre 4500 avions (« ou
plus ») sur la durée de vie du programme.
Le prestigieux Chatham House a publié, le 19 décembre,
un bilan peu flatteur sur la politique étrangère de Tony Blair. Le
rapport, signé par le directeur sortant du club de réflexion britannique, estime
que « L'échec fondamental (de la politique extérieure de Blair) a été son
incapacité à influencer l'administration Bush de quelque façon significative,
malgré le sacrifice – militaire, politique et financier – qu'a consenti la
Grande-Bretagne ». La précision qui s’y ajoute vaut de l’or :
« Etant donné la complexité byzantine de la politique washingtonienne, il
a toujours été peu réaliste de croire que des puissances extérieures – aussi loyales
qu’elles soient – puissent avoir de l’influence sur le processus américain de
prise de décision ». D’après l’auteur, « le(s) successeur(s) de Tony
Blair ne seront pas en mesure d’offrir un soutien inconditionnel aux
initiatives américaines » et « un rééquilibrage entre les USA et
l’Europe devra avoir lieu ».
Le 20 décembre, l’Allemagne a
annoncé son retrait du projet franco-allemand de moteur de recherche Quaero,
pour se concentrer sur un projet national, baptisé Theseus. Les deux projets se
développeraient désormais séparément mais sans concurrencer l’un l’autre.
Tandis que Quaero se veut un moteur de recherche « grand public,
multimédia », le programme allemand sera plus spécialisé, orienté vers la
sémantique. Pour le porte-parole du ministère allemand à l’économie, leur
objectif n’est pas de bâtir un rival de Google, mais plutôt d’aider les
sociétés travaillant sur les technologies de recherche et sur les réseaux du
futur. Ce qui est largement en-dessous de l’ambition affichée par Jacques
Chirac pour Quaero, à savoir de « répondre au défi posé par les géants
américains comme Google et Yahoo ».
Suite à une
cérémonie de passation de commandement, le 7 décembre à Casteau (Belgique), le
général américain John Craddock, est devenu le quinzième Commandant Suprême des
Forces alliées en Europe (SACEUR). Avant sa nomination au SACEUR, il a
dirigé, depuis 2004, le Commandement Sud des forces des États-Unis, basé à Miami
en Floride et en charge, entre autres, du centre de détention de Guantanamo. En
tant que SACEUR, le Général Craddock cumule automatiquement les fonctions de
Commandant du Commandement allié « Opérations » et de Commandant des
forces des Etats-Unis en Europe (USEUCOM). A ce dernier poste, comme chef de
l’un des 5 commandements régionaux des forces armées américaines, son aire de
responsabilité couvre 91 pays (toute l'Europe, la plupart de l'Afrique et
certaines parties du Moyen-Orient).
L’Agence
européenne de Défense a rendu public, le 19 décembre, un tableau comparatif
des dépenses de défense européennes et américaines en 2005. D’après ses
chiffres, le budget de défense des Etats-Unis s’est élevé à 406 milliards
d’euros, soit plus que le double de celui des Européens (€193 milliards). Autrement
dit, les Etats-Unis consacrent 4,06%, les Européens 1,81% de leur PIB à la
défense, soit respectivement €1363 et €425 par habitant. La part des dépenses d’investissement
(acquisition d’équipement, plus recherche et développement) est de 32% aux
Etats-Unis et de 18% en Europe. Les effectifs déployés à l’extérieur
représentent 16% aux USA (227 400 soldats), et 4% en Europe (73 578). Bien
évidemment, les chiffres en eux-mêmes ne disent rien sur la
« rentabilité » des allocations de ressources humaines et
financières. Ni en termes de leur utilité opérationnelle, ni en termes de leur
impact diplomatico-politique.