Durant la dernière année de
l’administration Clinton et les neuf premiers mois de l’équipe Bush au pouvoir,
un large consensus s’était dessiné dans les conférences d’experts et les
réunions semi-officielles des deux côtés de l’Atlantique : tout le monde fut
d’accord pour dire que la NMD (National Missile Defense) allait devenir
« le » grand sujet de controverse des mois et années à venir. Mais le
11 septembre 2001 eut lieu et bouleversa, sinon la donne, du moins la chronologie
prévue. L’attention fut détournée au profit de la « Grande guerre contre
la terreur » et les aventures belliqueuses qui s’ensuivirent. Les travaux
sur les antimissiles ne se sont pas interrompus pour autant, loin de là, et le dossier
a finalement resurgi en tête de l’ordre du jour transatlantique le 22 janvier
dernier, avec la demande officielle adressée à Varsovie et à Prague par
Washington pour qu’ils accueillent certains éléments du système américain. Les
débats concernant l’efficacité militaire, réelle ou supposée, du dispositif ont
repris de plus belle. Débats qui furent, déjà à l’époque, complètement fallacieux.
Pour l’Amérique, les considérations militaires sont, et ont toujours été,
secondaires par rapport aux motivations d’ordre psychologique, industriel, et
politico-stratégique.
Clarifications préalables
Vu que les incertitudes autour de
l’appellation même du système traduisent un flou délibérément cultivé sur ses
objectifs et sur sa portée, et que son architecture reflète, puis détermine,
des choix éminemment politiques, on ne pourra pas faire l’économie d’un bref
aperçu sur quelques questions techniques. Premièrement, il vaudrait mieux
oublier l’étiquette « Son of Star Wars » que l’usage courant associe
volontiers, par référence à la « Guerre des Etoiles » de Ronald
Reagan, à l’actuel programme américain. Si ce dernier s’inscrit, évidemment,
dans la lignée des recherches et projets qui se succèdent, depuis maintenant 50
ans, aux Etats-Unis en matière antimissile, à ce stade (et la précision n’est
pas sans importance), il n’envisage pas d’intercepteurs déployés dans l’espace,
contrairement à l’Initiative de Défense Stratégique (IDS) lancé en 1983 par le
président Reagan.
Au tout début des années 1990,
l’administration Bush (père) entame, puis celle de William (Bill) Clinton
entérine l’abandon de l’IDS et oriente ensuite les efforts vers le
développement des programmes TMD (Theater Missile Defense), centrés sur la
protection des forc
(Hajnalka Vincze, Levée de bouclier(s) : interrogations autour du projet américain de défense antimissile, La Lettre Sentinel n°45, mars-avril 2007, 27,400 characters)
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