Quelques nouvelles
de l’actualité européenne et transatlantique, brièvement présentées et
commentées.
Le 30 avril
dernier, le sommet annuel UE/Etats-Unis n’a pu accoucher que de bien
maigres annonces. En effet, une Résolution du Parlement européen (PE),
adoptée cinq jours auparavant, préfigurait déjà la difficulté à dénicher des
points d’accord entre les deux rives de l’Atlantique. On y retrouve, à côté des
professions de foi rituelles, bon nombre de sujets contentieux. Si les
parlementaires sont de chauds partisans du renforcement du marché
transatlantique, ils soulignent que celui-ci ne doit pas entraîner « une
harmonisation vers le bas des normes sociales, environnementales et
sanitaires ». Ils exhortent les Etats-Unis à reconsidérer leur position en
matière de climat, les invitent à lever immédiatement le régime des visas
discriminatif, demandent des clarifications au sujet du bouclier antimissile et
déplorent les incertitudes liées à la protection des données transférées aux US.
De surcroît, le PE « prie instamment le Conseil de publier une déclaration
claire et vigoureuse invitant le gouvernement des Etats-Unis à mettre fin à la
pratique des arrestations et restitutions extraordinaires ».
Pour ce qui est de l’énième
édition du projet « marché transatlantique sans entraves »,
la constellation générale y est peu favorable. L’opinion publique reste plutôt sceptique
(d’après le récent sondage de Bertelsmann
Foundation seuls 54% des Européens, et parmi eux 28% des Français,
approuvent l’idée), tandis que l’ambiance en Amérique évolue dans le sens d’un
protectionnisme renforcé (avec des contrôles douaniers faisant figure de
barbelés, ou encore le refus du Congrès de renouveler la permission accordée au
président pour négocier par « voie rapide » les accords de
libre-échange). Et ce n’est certainement pas le mot d’ordre du nouveau
président français (« fin de la naïveté » et exigence de « réciprocité »
dans nos rapports avec l’Amérique) qui arrangera les choses pour MM. Verheugen
et Hubbard, fraîchement nommés à la tête du Conseil économique transatlantique dont
la mise sur pied fut annoncée au sommet UE/USA.
En matière de réchauffement
climatique, les dirigeants n’ont pu s’entendre fin avril que sur la
nécessité d’une action « urgente ». Un mois après, pour contrer les
propositions allemandes en vue d’un communiqué final des G8 que
l’administration US jugeait « totalement incompatible » avec ses
positions, le président Bush a dévoilé sa propre stratégie. Qualifié de
« poudre aux yeux » par les Démocrates, l’initiative de Bush fut
saluée comme un « énorme pas en avant » par certains Européens dont
Tony Blair. A ce stade, on peut noter qu’une sensibilisation est en cours à
Washington sur fond de crainte de prise de retard dans le domaine des
technologies du futur et en jouant la carte omnipotente de la sécurité
nationale. Mais si l’Amérique décide de rejoindre la lutte contre le
réchauffement, c’est pour en prendre la tête. Or les Européens semblent unis
sur deux points : l’exigence d’objectifs contraignants et la primauté de
l’ONU.
Concernant le régime
des visas, autre épine dans le pied des relations transatlantiques, le
sommet du 30 avril n’a pas avancé d’un pouce. 12 des 27 pays de l’UE (la Grèce
et tous les nouveaux membres sauf la Slovénie) restent toujours exclus du
programme d’exemption de visas (Visa Waiver Programme : VWP) des
Etats-Unis. Or l’UE manque ici une bonne occasion de s’affirmer. Il est vrai
que Washington préfère traiter le sujet sur une base bilatérale et certains des
pays concernés s’y plient de leur plein gré. Mais il est tout aussi vrai que la
menace de mesures réciproques de la part de Bruxelles – restrictions pour les
diplomates/citoyens US – aurait fondamentalement changé la donne. Et apporté
une preuve tangible aux « petits nouveaux » de la solidarité et la
plus-value de l’UE. Qui plus est, par rapport aux humiliations et pressions subies
de la part des US. Ceci ne s’est pas fait. Quitte à laisser l’initiative à
Washington, où des modifications du VWP se préparent, sous le signe d’une élargissement/durcissement
sécuritaire général du programme.
La surenchère
verbale en matière de bouclier antimissile, avec Washington et Moscou
s’accusant mutuellement d’avancer des arguments « ridicules » ou
« dérisoires », fut finalement remportée par Téhéran, qui qualifia le
fait de brandir la menace nucléaire iranienne de « la blague de
l’année ». Entre-temps, ceux qui s’attendaient à ce que les Démocrates US
torpillent le volet européen du projet de l’administration ont dû se rendre à
l’évidence : la Chambre n’a fait que suspendre la moitié de l’enveloppe
demandée par l’équipe Bush, et ce jusqu’à la conclusion d’un accord avec la
Pologne (censée abriter les intercepteurs US). Les négociations avec Varsovie
s’intensifient donc, dans l’espoir de parvenir à un accord d’ici octobre. En
République tchèque (désignée pour accueillir la composante radar) les référendums
locaux, sans valeur contraignante, se succèdent et rejettent à l’unanimité le
projet, tandis que les partis politiques s’efforcent désespérément de lui
donner un habillage « OTAN ».
Fin juin,
l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a adopté le deuxième rapport
Marty sur les activités de la CIA en Europe. Le document met en cause la
Pologne et la Roumanie pour avoir abrité des centres de détention de la CIA, et
reproche à d’autres pays européens de faire entrave aux enquêtes sur les
« restitutions extraordinaires ». Comme pour confirmer ce dernier
constat, le gouvernement italien a réussi, mi-juin, à obtenir le renvoi du
procès par coutumance de 26 agents US accusés de l’enlèvement d’un imam en 2003.
La décision de la Cour de cassation sur l’utilisation d’informations classées
secret d’Etat est prévue pour octobre. Quoi qu’il en soit, le sujet est appelé
à revenir sur le devant de la scène d’ici la fin de l’année, avec la sortie en
salle d’un documentaire américain basé sur le livre « Torture taxi ». Détail à retenir : d’après
l’auteur, le film va mettre en évidence la responsabilité partagée des deux
partis (Démocrates et Républicains) dans le lancement et la poursuite du
programme.
Au mois de juin,
la Chambre des Représentants du Congrès américain s’est penchée sur le
dossier des relations transatlantiques. Si les auditions se sont plus
distinguées par la quantité de lieux communs réitérés par unité de temps que
par la qualité des échanges, elles n’en furent pas moins édifiantes. Nous avons
appris entre autres que l’honorable Lawrence S. Eagleburger, ancien Secrétaire
d’Etat auditionné pendant deux heures devant la Commission des Affaires
étrangères, attend beaucoup de Nicolas Sarkozy qu’il trouve « a very good-looking fellow ». Une
semaine plus tard, la même Commission tenait une autre séance, censée évaluer « ce
que vaut » l’OTAN. Ici, le ton fut donné par le président de la
Commission qui tenait à rappeler que « sans l’OTAN, nous parlerions
aujourd’hui de la République socialiste soviétique de Belgique ». Il exhortait
donc les Européens à envoyer plus de soldats en Afghanistan. Soldats, a-t-il
précisé pour mieux faire comprendre les liens, « dont les grands-parents
ont été libérés par nous de la
tyrannie nazie de la Seconde guerre mondiale ».
En
Afghanistan, justement, la stratégie mise en oeuvre fait de plus en
plus l’objet de critiques internes à l’OTAN, suite à la multiplication des
pertes civiles dites dommages « collatéraux ». Dans le courant du
mois de mai, divers responsables européens furent amenés à se démarquer du mode
opératoire US. Ainsi, pour le ministre italien des Affaires étrangères
« la manière de conduire » certaines actions est « une source de
préoccupation ». D’après le ministre allemand de la Défense un
changement de tactique est indispensable. Cerise sur le gâteau, à son point de
presse du 9 mai, le porte-parole de l’OTAN s’est lui-même défendu de toute
implication de l’Alliance dans les « incidents » de la veille, en
mettant l’accent sur la distinction entre l’OTAN et la coalition dirigée par
les USA, et en conseillant aux journalistes curieux de « s’adresser à
eux ».
La Résolution
relative à la politique spatiale européenne, adoptée par le Conseil de
l’Espace (ministres de l’UE et de l’Agence spatiale européenne) le 22 mai
dernier, est avant tout une série de constats et de recommandations, mais qui
sont basées, cette fois-ci, sur une analyse pertinente de la situation. Le
document souligne que « le secteur spatial est un atout stratégique qui
contribue à l’indépendance, à la sécurité et à la prospérité de l’Europe et à
son rôle dans le monde », et prend position pour la recherche de synergies
entre programmes civils et militaires. Au point de prévoir l’utilisation des
programmes européens Galileo (navigation) et GMES (surveillance) par les
militaires. En attirant l’attention sur les composants critiques des systèmes
spatiaux, le Conseil insiste également sur la nécessité d’« éviter la
dépendance de l’industrie européenne vis-à-vis des fournisseurs
internationaux ».