Quelques nouvelles
de l’actualité européenne et transatlantique, brièvement présentées et
commentées.
Les consultations
russo-américaines sur la défense antimissile se sont poursuivies, sur la
base notamment de la proposition du Président Poutine, qui avait suggéré début
d’été l’utilisation commune du radar de Gabala (loué par Moscou à l’Azerbaïdjan)
et du nouveau radar en construction dans le Sud de la Russie. Pour les Russes cette
offre constituerait une alternative au déploiement du système US en Europe
centrale, pour les Américains elle n’en pourrait être qu’un complément. Pendant
ce temps, le financement du « troisième site » fut approuvé, quoique avec
des coupes, dans les deux chambres du Congrès. Sur une enveloppe totale de près
de 8,5 milliards de dollars consacrés à la défense antimissile, le Sénat (ayant
proclamé en juillet la mise en place du système antimissile en Europe
« politique d’Etat ») a réduit les 310 millions de dollars demandés
par l’administration à 225 millions de dollars. Ce qui, d’après le directeur de
l'US Missile Defense Agency, ferait retarder de six mois tout au plus les
travaux de construction.
Dans les pays
d’accueil du système antimissile, l’enthousiasme populaire n’est toujours
pas au rendez-vous. Alors que 70% des Américains soutiennent le déploiement des
éléments du bouclier US en Pologne et en République tchèque, les citoyens concernés
continuent à s’opposer majoritairement à l’idée. Varsovie espère parvenir à un accord
avec Washington, sur l’installation des intercepteurs, d’ici la fin de l’année.
Prague semble plus prudent côté calendrier, et le chef de la diplomatie tchèque
insiste que la station radar soit déployée aux mêmes conditions (ex. accès aux
informations récoltées) qu’au Royaume-Uni. Petite complication
supplémentaire : les dirigeants socialistes de la région (Pologne,
République tchèque, Slovénie, Slovaquie, Allemagne et Autriche) ont signé
mi-septembre une déclaration commune où ils se disent « sur la même ligne
que la large majorité de nos populations qui rejettent » le projet US. Les
signataires souhaitent qu’à l’avenir l’UE, l’OTAN et le Conseil OTAN-Russie
jouent un rôle plus important dans les discussions en la matière.
Sur le théâtre
afghan, les dirigeants de l’OTAN multiplient les appels à l’envoi de plus
de soldats et à la levée des restrictions imposées par les Etats sur l’usage de
leurs forces. Les comptes rendus du terrain divergent : le président
afghan fustige les « opérations imprécises et sans discernement » des
forces internationales ; l’état-major OTAN se vante de « faire preuve
de retenue » et rappelle que « si on appliquait la force aveugle, on
les vaincrait très vite » ; tandis que pour le chef des forces
néerlandaises les talibans sont « de plus en plus performants » et
font « de moins en moins d’erreurs ». Les Pays-Bas, justement, se retrouvent
dans le collimateur, vu que le gouvernement doit bientôt décider s’il veut
prolonger ou pas le mandat de ses troupes envoyées dans le Sud du pays. Le
Secrétaire général de l’Alliance atlantique profite de l’occasion pour lancer
une mise en garde : dans le quotidien NCR Handelsblad du 19 septembre il déclare
que des 40 pays participant à la mission internationale sous commandement OTAN,
« personne ne peut partir et personne ne va partir » d’Afghanistan.
Le Congressional Research Service (centre
d’expertise du Congrès américain) publie, mi-juillet, une mise à jour du
rapport sur le programme F-35 Joint Strike Fighter (JSF ou Lightning
II). On y soulève, surtout, une longue série de points d’interrogation au sujet
de cet avion multinational, multiservice et multirôle. Les incertitudes
concernent, entre autres 1. l’adéquation du projet aux menaces (de sérieux
doutes pesant sur l’utilité du JSF au vu des scénarios de crise et des
performances des autres avions US); 2. le coût du programme (le prix de l’avion
étant estimé à environ 66% au-dessus des prévisions de 2001); 3. le calendrier
de développement (considéré comme particulièrement risqué du fait du
déroulement simultané des phases d’essai et de production); 3. les rivalités
interarmes (manifestes tant au niveau de
la définition des besoins opérationnels que dans la gestion de l’ensemble du
programme); 4. la participation des alliés (la présence des huit partenaires,
dont la Grande-Bretagne, l’Italie, le Danemark et les Pays-Bas, est jugée pratique
pour payer une partie des frais, assurer les débouchés à l’exportation, et
contrer les tentations d’annulation du programme).
Les préparatifs de
la mise sur pied du Centre de commandement des États-Unis pour l'Afrique
s’intensifient, avec la nomination en juillet du général afro-américain William
« Kip » Ward à la tête de la nouvelle structure. AFRICOM, responsable
des 53 pays africains que supervisaient jusqu’ici trois commandements régionaux
US, deviendrait pleinement opérationnelle en 2008. Les détails restent, pour
l’heure, un mystère. Les pays africains, plutôt sceptiques, ne se bousculent
pas pour accueillir le quartier général, tandis qu’à Washington la guerre
bureaucratique fait rage entre le Département d’Etat et le Pentagone pour
savoir lequel des deux aura la haute main sur la politique africaine de
l’Amérique. Toutefois, à l’audition que le Sénat organisait en août sur le
sujet, il y eut au moins consensus pour reconnaître l’importance accrue du
continent noir pour les intérêts stratégiques (énergie, chasse aux terroristes,
zones d’influence) des US.
De son côté, la politique
africaine de l’Union européenne est en pleine redéfinition, avec l’adoption
d’une nouvelle stratégie UE-Afrique prévue pour décembre prochain à l’occasion
du sommet de Lisbonne. Six opérations PESD (politique européenne de sécurité et
de défense) sont actuellement en cours sur le continent africain, sans compter celle
qui se prépare au Tchad. Pour rappel, l’un des épisodes d’affrontement les plus
flagrants entre l’UE et l’OTAN eut lieu en 2005 au sujet du Darfour (les deux
organisations, incapables de décider laquelle viendrait à la rescousse de
l’Union africaine, finirent par lancer deux opérations simultanées). Et si l’an
dernier le premier exercice grandeur nature de l’OTAN en Afrique (Steadfast Jaguar 2006) s’est finalement tenu
aux îles du Cap Vert, c’est parce que la France s’opposait à ce que l’Alliance
atlantique l’organise en Afrique continentale. C’est sous cet angle que l’on apprécie
pleinement le périple de deux mois, terminé fin septembre, pendant lequel le
1er Groupe maritime permanent OTAN (SNMG1: Allemagne, Canada, Danemark,
États-Unis, Pays-Bas, Portugal) a fait le tour du continent noir.
A sa réunion du 25
septembre, le comité directeur de l’Agence européenne de défense (ADE) annonce
un plan d’action pour la mise en œuvre de la « Stratégie pour la Base
industrielle et technologique de défense (BITD) européenne » adoptée en
mai dernier. Pour le directeur exécutif de l’ADE, le Britannique Nick Witney,
ce fut la dernière réunion avant qu’il ne quitte l’organisation pilotée par lui
depuis sa création en juillet 2004. Au Conseil économique de la Défense qui
l’avait invité en France cet été, Witney a fait part de sa conviction que l’ADE
doit encourager les coopérations entre petits groupes de pays. En particulier,
il a jugé positif le fait que d’autres Etats membres sont allés de l’avant sans
le Royaume-Uni dans les domaines où celui-ci a préféré ne pas participer. Le nouveau
chef de l’Agence, Alexander Weis, ancien directeur national de l’armement
adjoint de l’Allemagne (ayant aussi travaillé au Ministère français de la
Défense dans le cadre d’un programme d’échange) s’est donné comme priorité le
lancement de nouveaux projets et programmes.