L’année 2008 fut celle d’un triple anniversaire
et d’une double illusion en matière de défense européenne. Il y a quinze
ans, l’entrée en vigueur du traité de
Maastricht marque le lancement officiel de la PESC (politique étrangère et de
sécurité commune), assortie de la perspective d’une éventuelle future
composante défense. Celle-ci commence à finalement prendre corps cinq ans plus
tard, avec la déclaration franco-britannique de Saint-Malo du 4 décembre 1998,
suite à la levée du veto anglais sur la mise en route d’une politique de
défense dans les cadres institutionnels de l’Union. A partir de cet acte fondateur, consacré par
les Quinze six mois après, une cohabitation UE-OTAN va progressivement se
substituer au dogme et au monopole OTAN dans « l’architecture de sécurité
européenne ». Malgré la vitesse fulgurante avec laquelle les différents
éléments de cette nouvelle « politique européenne de sécurité et de
défense » (PESD) se mettent en place, il faudra encore attendre cinq ans
pour voir, en 2003, le lancement des premières opérations dans le cadre de
la PESD, suspendues jusque-là à la
définition d’un modus vivendi
rudimentaire et à la conclusion d’un accord formel avec l’Alliance atlantique.
Des deux illusions qui planaient tout au long de
l’année 2008 sur l’Europe de la défense,
la première concernait la prétendue fin des préventions (pour ne pas dire
obstructions) américaines en la matière. Les messages semi-officiels envoyés
depuis de longs mois de l’autre côté de l’Atlantique ont enfin été confirmés
par les propos tenus en février, à Paris puis à Londres, par l’ambassadeur des
Etats-Unis auprès de l’Alliance atlantique. Le soutien affirmé par Mme Victoria
Nuland en faveur d’une montée en puissance de la défense européenne fut
unanimement applaudi et interprété comme un retournement radical de la position
américaine. En réalité, si changement il y a, c’est un changement en
trompe-l’œil. Lorsque les grands titres de la presse saluent Mme Nuland qui se
prononce pour un renforcement des capacités européennes, ils ont tendance à
oublier que Washington a toujours été encourageant, voire pressant à ce sujet.
Pourvu que ces capacités restent suffisamment encadrées, les Etats-Unis sont
plus que contents de voir leurs alliés bien équipés pour les épauler sur le
terrain, a fortiori si c’est avec du
matériel américain.
Full text: http://mjp.univ-perp.fr/defense/ds25.pdf