Bien trop souvent, on est tenté
d’assimiler la présence nucléaire américaine en Europe à sa seule dimension tangible.
A savoir le stationnement de quelques centaines de bombes US sur le sol de cinq
pays du continent européen, dans le cadre de l’OTAN et de son soi-disant
« partage nucléaire ». Et on a tort de le faire.
Certes, la présence
d’armes nucléaires sur leur territoire comporte, pour les citoyens européens,
de multiples risques. Nombre d’entre eux sont similaires aux risques et dangers
auxquels s’exposent les populations de tous les pays « dotés »,
c’est-à-dire disposant d’un arsenal atomique. Dont l’utilité et la désirabilité
peuvent être sujets à débat. Notamment pour savoir si les risques valent la
peine d’être pris, au service d’une stratégie politico-militaire de défense
nationale (ou, au contraire, doivent être refusés dans la perspective de la
paix universelle et du désarmement total). Chacun tranchera selon ses
convictions, sa vision du monde, sa perception et hiérarchisation des dangers,
et cetera. Peu nous importe ici. Car, dans ce cas précis, cette question ne se
pose même pas. Et ce, grâce à l’autre dimension du « partage » nucléaire
de l’OTAN, qui est éminemment révélatrice des relations transatlantiques.
Tandis que pour les puissances nucléaires le débat peut porter sur
l’articulation du nucléaire avec la stratégie (importance accordée, ou pas, à
la dissuasion), ici, par contre, le nucléaire (américain), et le mythe du
parapluie protecteur qui va avec, sert de prétexte pour justifier l’absence de
stratégie (européenne). Ainsi que de paravent commode pour que les
gouvernements du vieux continent restent, in
fine, à la remorque des Etats-Unis – quitte à devenir complices d’une
stratégie nucléaire dans l’élaboration et la mise en œuvre de laquelle ils ne
peuvent même pas rêver d’avoir un tant soit peu leur mot à dire. Hélas, ils
s’estiment déjà heureux quand ils sont, plus ou moins correctement et plus ou
moins après coup, informés sur le sujet.
Problèmes avec les bombes…
On estime aujourd’hui à quelque 200
le nombre des armes nucléaires tactiques (substratégiques) américaines
déployées en Europe. Si leur présence est officiellement admise dans les
documents de l’OTAN, les chiffres, emplacements et autres données les
concernant sont évidemment secret défense.
(Hajnalka Vincze, Parapluie ou hara-kiri ? – la présence nucléaire américaine en Europe, Contradictions n°128 – 2009 "PAIX et DESARMEMENT", Ed. B. Piret, Walhain, Belgique, novembre 2009, 25,000 characters)
Back to Publications | Printable version