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Pied de nez allemand à la France et à la Grande-Bretagne? – effet boomerang

09 janvier, 2014
Note d’actualité
Hajnalka Vincze
En Allemagne, le ministre sortant de la défense se lâche… D’après Thomas de Maizière, Berlin n’a pas de leçon à recevoir de quiconque, même pas de Paris ou de Londres, concernant la nature et le volume de ses déploiements militaires hors de ses frontières. Et, pour appuyer ses propos, il n'hésite pas à envoyer quelques piques à l’adresse de ses partenaires.
 
Avec la France dans sa ligne de mire, le ministre fait remarquer l’ampleur de l’engagement allemand en Afghanistan, bien plus important que celui de n’importe quel autre pays européen, hormis la Grande-Bretagne. Certes. Sauf qu’il oublie de préciser deux choses au passage.
 
 
Primo, les restrictions excessives imposées par Berlin sur l’emploi de la force par ses troupes les rapprochent plus des forces de police que des forces de combat. (Ce qui n’est pas si bête dans le contexte spécifique d’une guerre commandée de bout en bout par les US, mais pour l’Allemagne il s’agit d’une attitude plus générale. Qu’elle tente en plus d’imposer à l’échelon européen sous prétexte d’approche globale).
 
Secundo, si l’Allemagne a envoyé (et maintenu) tant de soldats en Afghanistan, c’est pour faire un geste d’allégeance à l’Amérique. Et se racheter ainsi après sa non-participation en Irak motivée, à l'époque, par des raisons en grande partie électorales. S’enorgueillir de l'un ou de l'autre serait tout de même pousser le bouchon un peu trop loin.
 
A l’adresse du Royaume-Uni, le ministre allemand se plaît à noter qu’en Allemagne les gouvernements ont toujours réussi à obtenir l’aval du Bundestag pour une opération extérieure. Contrairement à l’échec retentissant de M. Cameron au Parlement britannique sur une éventuelle intervention en Syrie, bien entendu. Encore une fois, sur la Syrie non plus, M. Maizière ne devrait pas trop insister. Car la position allemande y ressemblait étrangement à un double jeu.
 
Si Berlin avait exclu d’avance une participation à des opérations en Syrie (évoquant un manque de capacités disponibles, histoire de ne pas trop offusquer les Etats-Unis), cela n’a pas empêché Mme Merkel d’y contribuer par d’autres moyens, en catimini. A la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Vilnius, Berlin s’est joint à la France, le UK, et l’Amérique pour faire du lobbying auprès des pays réticents à l’idée d’une intervention armée. Il a aussi soigneusement choisi son moment pour publier des documents de renseignement en appui des arguments des va-t-en-guerre occidentaux contre le régime d’el-Assad.
 
Bref, le ministre allemand aurait vraiment mieux fait de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de se lancer dans de telles polémiques. En effet, la politique qu’il avait menée à son poste correspond exactement à la description cinglante, faite par Hubert Védrine, de la vision allemande en matière de défense. A la fois pour ce qui est de son penchant pour la civilianisation et de son attachement atlantiste.
 
A l'occasion d'une audition à l'Assemblée nationale, M. Védrine constate que « les Allemands sont inhibés par tout ce qui est militaire (…) ils n’acceptent donc que de faire du civilo-militaire, avec le moins de militaire possible et beaucoup de civil ». D’autant plus que, «  il n’y a pas d’armée allemande, il n’y a qu’une sorte de département allemand de l’armée occidentale, et c’est pourquoi le système militaire allemand n‘a jamais été favorable aux idées françaises sur la défense européenne. L’Allemagne est à 99 % intégrée dans le système OTAN et ne dispose d’aucune marge ».  Ce qui est tout à fait son droit. Mais, de grâce, qu’elle ne vienne pas jouer les sensibles et donner, à son tour, des leçons à tout va. 

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