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Analyse à chaud : le rapport Ashton sur la défense européenne 3. (propositions concrètes, opérations militaires)

17 octobre, 2013
Note d’actualité
Hajnalka Vincze
Les mesures concrètes proposées dans le rapport Ashton afin d’améliorer la capacité de réaction rapide de l’UE aux crises ne sont guère surprenantes. Par contre un seul élément, le plus important, surprend par son absence. Il s’agit du vieux serpent de mer du Quartier général militaire européen (pour la planification et la conduite des opérations UE), dont la nécessité est aujourd’hui reconnue de tous, sauf le Royaume-Uni qui en fait sa ligne rouge. Le rapport n’en dit même pas un mot. Or s’il y a une mesure susceptible à la fois de réduire le temps de réaction aux crises, d’assurer la continuité, de permettre un véritable retour d’expérience et de supprimer les doublons entre 5 structures nationales différentes ; cette mesure est bien celle-là. Dommage de la passer sous silence.
 
Pour ce qui est des autres propositions, la plupart d’entre elles soit concernent le volet civil uniquement, soit sont déjà dans les tuyaux depuis un bon bout de temps (groupements tactiques à structure modulaire, planification d'avance, procédures accélérées pour la prise de décision, fonds de lancement). Rien d’étonnant, il s’agit de trouver les moyens qui faciliteraient la génération des forces et leur déploiement. Il convient de nuancer leur portée par au moins deux remarques (à part « l’éléphant dans la salle » qu’est le silence radio total sur le Quartier général).
 
Primo, à propos du mécanisme de financement des opérations militaires UE, le rapport se contente de noter qu’il s’agit là d’un « sujet sensible ». C’est vrai. C’est aussi l’un des facteurs décourageants majeurs, car 90% du financement sont basés sur le principe de « les coûts incombent à leurs auteurs ». Autrement dit, c’est la double peine. Ceux qui envoient leurs troupes (formées, entraînées, équipées) sur le terrain, sont les mêmes qui prennent en charge quasiment tous les frais. Un système plus que souhaitable à l’OTAN où la mobilisation se fait par serment d’allégeance, mais qui a, dans l’Union européenne, un effet paralysant.
 
Secundo, un seul regard aux opérations militaires récentes de la PSDC suffit pour relativiser l’ensemble du texte à ce sujet. Ce sont des missions de formation, d’entraînement, de police des mers – très légitimes et utiles certes, mais il faut une certaine propension à l’exagération et surtout une bonne dose d’amnésie pour prétendre qu’il s’agit là d'une politique de défense européenne. Celle-ci brille surtout par les occasions ratées : au Liban en 2006, au Libye en 2011 et plus récemment au Mali. C’était pourtant des crises « taillées sur mesure » pour une intervention de l’UE – avec le résultat que l'on sait.
 
Petit rappel : « l’objectif global » fixé à Helsinki par les Etats membres en 1999 fut d’être capables « d'ici l'an 2003 de déployer rapidement puis de soutenir des forces capables de mener à bien l'ensemble des missions de Petersberg*, y compris les plus exigeantes d'entre elles, dans des opérations pouvant aller jusqu'au niveau d'un corps d'armée (jusqu'à 15 brigades, soit 50 000 à 60 000 hommes). Ces forces devraient être militairement autosuffisantes et dotées des capacités nécessaires de commandement, de contrôle et de renseignement, de la logistique et d'autres unités d'appui aux combats ainsi que, en cas de besoin, d'éléments aériens et navals ». Dix ans après la date butoir, on se félicite chaudement d’avoir pu envoyer quelques centaines d’hommes pour des « missions d’entraînement ».

A suivre.
 
*Missions de Petersberg: définies d'abord par l'Union de l'Europe occidentale en 1992, ensuite reprises par le traité d'Amsterdam de l'UE en 1997, en partie pour bien distinguer ses nouvelles compétences de celle de l'Article 5 de l'OTAN. Elles couvrent « les missions humanitaires et d'évacuation, les missions de maintien de la paix et les missions de forces de combat pour la gestion des crises, y compris les missions de rétablissement de la paix ».
 
 
Première partie (contexte stratégique, contraintes politiques, approche globale)
 
Deuxième partie(relations UE-OTAN).

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Tags:
défense européenne


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