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Les Britanniques commencent à se poser des questions sur leur relation spéciale avec l'Amérique

Note IVERIS - 11 décembre, 2016
Note d’actualité
Hajnalka Vincze

Illustration parfaite d’un alignement des planètes favorable, comme jamais jusqu’ici, à l’Europe de la défense [1], même les Britanniques commencent à s’inquiéter de leur dépendance. Dans une ambiance européenne générale où, sur le plan rhétorique au moins, les tabous de toujours sont levés l’un après l’autre (tels le concept d’autonomie stratégique, la défense collective, le noyau dur d’Etats membres, le quartier général permanent, ou l’implication de la Commission dans le secteur militaire), un tel début de prise de conscience outre-Manche ne serait pas totalement dénué d’intérêt.

Industrie et contrats d’armement


D’un côté la livre qui, du fait du Brexit, perd de sa valeur face au dollar, de l’autre une série de nouveaux contrats faramineux pour acheter du matériel américain (drones, avions de patrouille maritime, hélicoptères), voilà qui augure mal. Au point que le ministre britannique de la défense exhorte les firmes US à accorder « plus de retours » et de « choisir britannique autant que possible ». [2] Tout en se défendant de souhaiter créer, god forbid!, un système « protectionniste ». Ce ne serait pourtant pas une si mauvaise idée – à en croire une étude minutieusement chiffrée du RUSI (Royal United Services Institute), publiée il y a quatre ans déjà. Il y a été démontré que si un contrat de défense est rempli par l’industrie britannique, il fait retourner 36% de sa valeur au gouvernement sous forme d’impôts et taxes. Par opposition aux contrats qui vont à des firmes domiciliées aux USA.


Technologie et capacités

L’élection de Donald Trump doit faire prendre conscience aux Britanniques de leur dépendance stratégique vis-à-vis des Etats-Unis – et c’est le directeur adjoint du même RUSI qui le dit [2]. D’après Malcolm Chalmers, « il pourrait y avoir une divergence fondamentale avec les USA », et « cette possibilité devrait être discutée sans tabous ». Dans sa note d’analyse [3], le professeur Chalmers préconise au Ministère de la défense de répertorier les domaines dans lesquels les capacités britanniques dépendent excessivement du soutien américain, y compris pour les codes sources. Et de s’interroger sur ce qu’un refus de ce soutien US impliquerait pour le Royaume-Uni dans une crise militaire. Sa conclusion : il ne serait pas inutile de revoir le postulat sacro-saint de la planification stratégique britannique selon lequel la défense n’a rien avoir avec l’UE, et tout avec l’Alliance atlantique. Au vu d’un « président US imprévisible », le UK devrait, au contraire, renforcer l’Europe de la défense, pour « créer un back-up institutionnel crédible » face à l’OTAN. Quitte à revoir ses lignes rouges, comme l’interdiction d’un quartier général européen permanent.


[1] Voir de l'auteur: Défense européenne : « c’est parti » ?, Note IVERIS, 20 septembre 2016.
[2] Fallon: American Companies Must ‘Do More’ for UK Business, Defense News, 5 décembre 2016.
[3] Under Trump, UK Should Reconsider Dependence on US Defense Tech, Says Analyst, Defense News, 18 novembre 2016.
[4] Malcolm Chalmers, Preparing British Defences for a Trumpian World, Royal United Services Institute, 11 novembre 2016.


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Tags:
relation spéciale uk-usa, royaume-uni, armement


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