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Le rapport Ashton sur la PSDC: à la fois trop ambitieux et pas assez

16 octobre, 2013
Note d’actualité
Hajnalka Vincze
On dit souvent de la défense européenne qu’elle est en hibernation depuis un bon moment. Eh bien, elle ferait mieux d’y rester, plutôt que d’être ressuscitée sur la base du rapport que la Haute représentante vient de présenter en vue du sommet de décembre. Car ledit rapport essaie de cacher son manque d’ambition réelle pour la PSDC (politique de sécurité et de défense commune de l’UE) derrière des initiatives qui, dans ce cadre, ne pourront faire que des dégâts. Mais soyons justes. Accordons-lui au moins d’avoir fait le bon constat. En effet, les trois explications que le rapport avance au départ pour justifier l’importance des efforts de défense sont tout à fait valables (à savoir l’aspect politique pour ce qui est du rôle de l’Europe sur la scène mondiale ; opérationnel quant à disposer de la capacité militaire d’agir le cas échéant ; économique enfin pour soutenir l’innovation, l’emploi et la croissance).
 
Alors, justement. Le seul petit défaut du document est d’avoir oublié que les Vingt-huit ne sont d’accord sur aucun des trois. Ni sur le rôle à tenir dans le monde (indépendant ou à la remorque de Washington), ni sur l’action militaire (à envisager comme telle ou seulement en appoint à des missions civilo-humanitaires), ni sur le volet économique (où la protection, ou pas, de nos atouts stratégiques fait débat, ainsi que le rôle à jouer, ou pas, par l’Etat). La PSDC a passé ses quinze premières années à essayer de trouver un dénominateur commun à ces divergences – et le nombre des Etats membres a presque doublé entretemps. Aujourd’hui, dans les faits, tout le monde se rend à l’évidence. La PSDC ne dépassera pas le stade des « petites initiatives sympathiques », pour reprendre les mots d’Hubert Védrine, « où l’Europe -gentille fille- rend service ».
 
Dans ces conditions, la seule chose que l’on puisse espérer dans ce domaine de la part de l’UE, c’est de limiter les dégâts et arrêter l’illusion. Notamment pour préserver la possibilité de voir une véritable défense européenne se mettre en place un jour (entre ceux qui entendent cette expression littéralement, c’est-à-dire à la fois comme « européenne » et comme « défense »). Beau projet. Mais il faut d’abord que l’on en finisse avec la déresponsabilisation des Etats à laquelle la PSDC sert de couverture. Et que les initiatives prises dans le cadre de la politique européenne de défense de l’UE au moins ne nuisent plus.
 

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défense européenne


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